En quittant La Paz : à travers l’altiplano bolivien

– du 9 au 14 octobre 2019 –

Après dix jours à La Paz, enfin, nous reprenions la route. Comme après chaque pause un peu longue, il nous tardait de retrouver la sensation du vélo qui file vers l’horizon. Et l’horizon, sur le haut plateau bolivien, on allait le voir loin, très loin ! Nous étions sur le point de découvrir les plus beaux paysages jamais vus depuis notre départ, à travers une région de haute altitude, austère, pauvre, au climat rude, nous avait-on dit. Un sacré contraste, qui nous plongeait dans un drôle d’état, mélange d’excitation et d’appréhension. Nous avions tant hâte des premiers coups de pédale sur le légendaire salar d’Uyuni, dont les images nous avaient donné l’impulsion du départ en voyage. Cependant, nous laissions derrière nous le confort trouvé à la ville, et filions vers le froid, le vent, sable, l’inconnu…. Heureusement, le soleil était revenu, et il nous restait quelques semaines avant la saison des pluies. 

! Adios La Paz !

Nous quittâmes La Paz sous un grand ciel bleu, parfait pour admirer une dernière fois l’incroyable panorama qu’offrait le téléphérique de retour à El Alto. Depuis le haut de la falaise, il fallait encore traverser l’enfer des milliards (au moins) de minibus qui longent l’Avenida 6 de Marzo, avant de retrouver le calme de la campagne bolivienne. Une heure plus tard, nous découvrions ce qu’allait être le décor des jours qui suivraient :  quelques collines miniatures à franchir au sud de La Paz, puis le plat, sec, lumineux et désert, de l’altiplano.  Nous pensions peut-être nous ennuyer sur cette portion d’itinéraire, tant le GPS annonçait une route plate, plate, plate. Pourtant, à Oruro où l’on passa une journée avant de poursuivre la route, Steph nota ces quelques mots : « avons roulé trois jours sur l’altiplano, jusqu’à Oruro. C’était plat, grand, et plus on s’éloignait de La Paz, mieux on se sentait ». Quitter la grande ville, c’était retrouver le calme, la joie de pédaler à toute vitesse des heures durant sans s’arrêter, dans la beauté de l’altiplano à la lumière si particulière, qui change à chaque heure du jour. 

Nous avions lu des commentaires mitigés sur la bourgade de Patacamaya, où nous passâmes la première nuit. Pourtant, en cherchant parmi les nombreux « hospedajes » de bord de route, dans le capharnaüm des minibus et étalages de la rue principale, nous dégotâmes une petite chambre simple et propre, avec douche bien chaude, et surtout de charmants propriétaires.

Le bivouac parfait sur l’altiplano bolivien

Bon, le deuxième soir se compliqua un peu, quand une vieille bergère nous chassa du parfait spot de bivouac repéré sur « I Overlander », à grands coups de chapeau et d’insultes incompréhensibles en aymara. D’autres « gringos » avaient dû y laisser leurs traces lors de précédents bivouacs, entâchant notre réputation. Au final, nous avions continué quelques kilomètres sur le chemin caillouteux, et planté la tente un peu plus loin, là où nous espérions être hors de sa portée. Ce soir-là, nous avions guetté la bergère aux jumelles jusqu’à la nuit, car elle avait promis de revenir nous chasser accompagnée de son époux et de sa fille. La cachette devait être bonne, car la seule visite que nous eûmes fut celle d’une vigogne venue se perdre là, dans la lumière rougeoyante de la fin du jour. Sur la colline, la silhouette à contrejour des cactus San Pedro sublimait le décor de ce bivouac parfait, sans vent ou presque, avec juste ce qu’il fallait de froid pour vouloir nous glisser dans nos duvets une fois la nuit venue.

Oruro, contrairement à la description glauque qu’en faisaient le Routard et les quelques cyclistes passés par-là, nous apparut paisible, vivante et accueillante. Nous avions dégoté un petit hôtel de rien du tout, à deux pas du marché, parfait pour préparer notre traversée des salars. Puis, après avoir testé les deux meilleures pizzerias de la ville, flâné (oui, encore) sur la jolie place centrale ombragée, grouillante de vie à toute heure du jour, nous avions quitté la ville pour de bon cette fois, les sacoches pleines de vivres pour tenir bon jusqu’à Uyuni.

Après Oruro, il fallut deux jours pour atteindre le village venteux et sableux de Sabaya, à quelques kilomètres au nord du salar de Coipasa. Nous avions bifurqué vers l’ouest, sur une route bitumée absolument déserte, celle qui plus loin rejoint le nord du Chili par le village de Pisiga Bolivar. C’était plus plat que jamais, bordé de cactus, de sable, de pierres, de quelques belles lagunes, et d’herbe jaunie par le soleil.

Deux jours durant, nous ne croisâmes que lamas, vigognes et quelques autruches peureuses à la démarche gauche. Bon, y’avait quand même deux-trois personnes…. On se souvient de la vieille dame adorable, qui se demandait comment on faisait pour survivre si loin de nos familles, de ce groupe d’hommes enivrés de bon matin qui insistèrent lourdement pour partager leur verre (ils fêtaient l’investissement d’un gros camion Renault par l’un des villageois, depuis la veille au soir semble-t-il), et de la vendeuse d’une échoppe, qui vint converser avec nous un long moment en bord de route. Elle nous apprit que nombre des villages « abandonnés » croisés en route appartenaient en fait à des communautés « nomades » qui partaient vivre ailleurs la moitié de l’année. Mais à vrai dire, quand nous atteignions un village, nous croisions bien une demi-douzaine de lamas déambulant dans les ruelles, avant de trouver quelqu’un à qui demander la direction de la « tienda » la plus proche. Et la réponse était invariablement « là-bas, un peu plus loin ! ». Ah, la Bolivie !

Le bivouac solitaire dans une « casita » du village abandonné de Caripaya fut absolument magique, seules au milieu des ruines. Les communautés indigènes alentours, dont nous ignorions tout, devaient régulièrement s’y réunir pour leurs cérémonies traditionnelles. Du coup, un réservoir d’eau était posé là, une aubaine pour nous. Un peu plus haut, on distinguait un cimetière abandonné, que nous n’eûmes pas le courage d’aller visiter, et au bout du village, une vieille église en ruines, dont nous pouvions apercevoir le vieil orgue, en se hissant jusqu’à la petite ouverture à hauteur du balcon. C’était l’aventure !

196 kilomètres plus tard, nous atteignions Sabaya. Le village ressemblait aux précédents, presque désert, poussiéreux, très venteux à la fin du jour, avec toujours un groupe d’enfants dehors, et dans la rue principale une série de petites échoppes qui ne vendaient que du papier toilette, quelques boites de conserves et un océan de sodas. Ah, tiens, deux tomates, là, dans le fond du carton … Parfait pour le pique-nique de demain ! Il y avait tout de même un maigre choix d’hospedajes, et nous élûmes domicile dans une petite chambre d’arrière-cour, où nous allions une fois de plus passer la nuit à l’abri du vent. On se sentait loin de tout, sauf des salars, que nous allions ENFIN découvrir, le lendemain. 

So far, so good !

A 10 kilomètres de Sabaya, après une petite grimpette de 100 mètres

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