Sur l’avenue des volcans (5) : En route vers le toit de l’Équateur, le Chimborazo !

– du 28 au 30 juillet 2019 –

Par un beau dimanche matin pluvieux, nous reprîmes la route vers le dernier grand géant de notre avenue des volcans : le Chimborazo, qui à 6268 mètres d’altitude, domine la chaine des sommets équatoriens. Challenge ! Cette fois, nous étions accompagnées d’une horde de cyclistes du dimanche, notre hôte Alex, l’un de ses amis, mais aussi Andres, un architecte fou de vélo rencontré par hasard l’avant-veille en ville, lui aussi accompagné. Deux filles à vélo chargées comme des mules, qui grimpent les côtes équatoriennes, ça faisait sensation. Nous étions comme ForrestForest Gump sur les routes d’Amérique, c’était drôle ! Entourées de ce cortège, chacun sur son vélo de route au poids égalant l’une de nos sacoches, nous pédalions en papotant, et c’était bien agréable. Même Moutarde, petit chien errant à la sympathie anormalement développée, prit part à la fête durant quelques kilomètres.

La team du dimanche !

Petit à petit, le cortège s’amincissait, et bientôt nous n’étions plus que quatre, à échanger nos vélos ; ces messieurs rêvaient de connaître la douce sensation que procure l’usage de nos montures. Ainsi, après 35 kilomètres de grimpette douce, à pédaler sur de vraies bêtes de course, nous atteignions, toutes légères, notre objectif du jour : les eaux thermales de la Via Flores, aménagées en piscine municipale, bondée en ce dimanche bruineux. Il n’était que midi, et il nous restait un paquet d’énergie à dépenser pour atteindre notre quota du jour, merci les vélos de route ! Une délicieuse truite grillée plus tard à la petite gargote du coin, nous saluions le dernier survivant au cortège, Andres, à la compagnie si agréable. Et pour digérer nous ne pûmes résister à l’appel des sources chaudes : un bain à 41 degrés qui ne refroidit jamais … Sous la pluie, dans ce bain de foule local, c’était magique ! 

Il était encore tôt pour planter la tente, et la pluie avait stoppé. Nous décidâmes de continuer un peu en direction du parc Chimborazo. La pente était douce, la matinée avec les cyclistes et le bain chaud nous avaient donné une énergie nouvelle, nous étions bien. Puis tout à coup, au détour d’une colline, il apparut, plus majestueux encore que nous l’imaginions, comme un géant dominant les environs dans un festival de nuages. Le toit de l’Équateur. Le Chimborazo. 

Premiers coups de pédale à la vue du Chimborazo =) =) =)

A sa vue, des sourires béats (et peut être quelques larmes ?) ne nous quittèrent plus pendant une bonne heure. Quel spectacle, quelle chance, que nous étions petites face à dame nature ! Entre ça et le vent dans le dos, on était aux anges.

La route, le désert, les nuages…

Après les derniers kilomètres à travers champs verdoyants, à dépasser les derniers hameaux du coin, nous atteignions un plateau désertique à 4000m d’altitude. Seul le Chimborazo dépassait maintenant, recouvert d’une chape de nuages. La lumière était folle, et un vent incroyable soufflait. Il s’agissait désormais de trouver un abri pour la nuit, la mince affaire. Car de camping, pourtant indiqué sur la carte, il n’y avait point. A la place, une vieille bicoque abandonnée à l’odeur douteuse… 

Notre abri de fortune

Nous trouvâmes finalement refuge à l’entrée de la chaumière-école du seul hameau du coin, où, à l’abri d’un vent inouï, nous avions tout juste la place d’installer la tente. Un chocolat chaud pour parfaire ce moment contemplatif… Le Chimbo, comme nous l’appelions désormais, était toujours enchapeauté, masquant pudiquement sa cime de glace. Le vent balayait si fort les nuages, qu’à chaque instant le paysage changeait. Quel froid. C’était parfait. En plus, Emilie avait commandé un grand ciel bleu pour le lendemain.

La danse des nuages à la fin du jour

Après une nuit glaciale bercée par le sifflement du vent, le miracle fut.

Lever du soleil sur le Chimborazo

En sortant de la tente aux premières lueurs du jour, pas un nuage à l’horizon. Le Chimbo était nu, devant nous, nous illuminant de ses neiges éternelles. C’était comme si deux soleils se levaient côte à côte, promesse d’une journée parfaite. Nous étions des enfants devant ce spectacle grandiose, pressées de pédaler, attirées comme des aimants. 

Nous mimes un temps fou à atteindre l’entrée du parc. Il était impossible de pédaler sans s’arrêter tous les 200 mètres, tantôt pour prendre une photo, tantôt pour apercevoir des vigognes fuir un ennemi invisible, tantôt pour reprendre notre souffle, à 4200 mètres d’altitude face au vent. On a enlevé notre veste, remis notre veste, enlevé nos gants, remis notre bonnet… Il fallait à tout prix graver dans nos mémoires le souvenir de ce paysage si singulier. 

La montée au refuge du Chimborazo se fit en fourgonnette, Steph et les vélos parqués à l’arrière, à la vas-y comme j’te pousse, ce qui nous évita la dernière grimpette impossible dans le sable et le vent. Ouf. A 4850 mètres d’altitude, vent force 0. Nous avions pensé nous offrir la descente à vélo l’après-midi, pour aller dormir plus bas, plus au chaud. Mais arrivées au pied du glacier, impossible de repartir. Le ciel était bleu, bleu, bleu, et un petit promontoire désigné zone de camping nous faisait de l’œil, face aux séracs éclatants. Très bien, puisque les éléments semblaient être en faveur, nous allions passer la nuit à l’altitude du Mont-blanc.

L’après-midi fut douce, entre sieste au soleil et balade à 5000 mètres, au refuge Whimper et sa fameuse lagune, qui s’avéra n’être qu’une vaste flaque (#réchauffement climatique). Puis vint le soir. Ce fut incontestablement notre plus beau coucher de soleil équatorien : un désert montagneux aride devenu orange flamboyant dans la lumière du soir, surplombé de l’immense masse de glace imperturbable, et au loin, à l’ouest, près de 5000 mètres plus bas, la côte qui se dessinait sous une vague de nuages.

A l’heure de nos traditionnelles (et délicieuses !) pâtes de bivouac, un loup avec une tête de renard, « Lobo del Paramo » comme nous l’apprîmes plus tard, vint rôder, à l’affût de quelques victuailles laissées à sa portée. On ne lui laissa pas une chance. C’était si calme. Puis vint la nuit, et son froid perçant. Hop, dans les duvets, on tenait à garder nos orteils toujours indemnes ! 19 heures, extinction des feux, après une journée de rêve, vraiment. La nuit s’annonçait douce. Mais dans ce calme sacré, il arriva petit à petit, s’insinuant dans les moindres recoins, chantant, sifflotant, puis hurlant… Le vent. Quel souffle ! 

Le lendemain, il était bien difficile de sortir des duvets. Le vent soufflait toujours, on n’vous raconte pas le pliage de tente =D. Il faisait froiiid malgré le soleil, et les gardiens du refuge n’avaient pas l’air décidés à nous laisser cuisiner à l’abri de leur luxueuse demeure.

Tant bien que mal, nous pliâmes bagages et nous remîmes en selle, pour une descente de mountain bike d’anthologie, sans les mountain bikes, où Steph aux mille et une vies mordit la poussière plus d’une fois, dans le sens propre du terme fort heureusement. Une joyeuse galère !

La longue descente asphaltée qui suivit devait nous ramener au monde réel. Nous étions heureuses de retrouver une température plus clémente, dans la vallée verdoyante au sud du Chimborazo. On était nazes, mais c’était sans importance. On avait été chatouiller les pieds du géant de l’Équateur, celui-là même qui depuis des siècles nourrit légendes et fantasmes bien. Au-delà de ses frontières. Ce jour-là plus que jamais, on pensait : So far, so good. So free !

Un commentaire sur “Sur l’avenue des volcans (5) : En route vers le toit de l’Équateur, le Chimborazo !

  1. Coucou les filles,

    Quelle satisfaction de vivre des moments uniques, VOS MOMENTS, que personne ne pourra vous voler et tellement précieux. Les galères sont largement compensées par la découverte de magnifiques sites. Bravo les filles et courage pour la suite. Bisous, Françoise

    >

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s