Sur l’avenue des volcans (4) : Ambato, une pause peace and love

– du 26 au 28 juillet 2019 –

Quand on arrive en ville, et qu’on n’a pas prévu de logement, c’est toujours un peu stressant. Mais après quelques mois de voyage à vélo, nous avions plus d’un tour dans notre sac. Nous étions sans réponse de la casa de ciclistas du coin, pourtant contactée il y a plusieurs jours déjà. Blacklistées du réseau de casas de ciclistas d’Equateur ? #angoisse ! Enfin, grâce à la technologie moderne, en un message whatsapp sur le groupe des cyclotouristes de cette région du monde, on recevait un numéro de téléphone, avec la promesse d’un toit pour la nuit. Il s’est avéré que le plan était à une bonne quinzaine de bornes du centre-ville, que nous avions eu la joie d’atteindre enfin, et bien évidemment notre potentiel hôte, à l’air vraiment très sympathique au demeurant, nous promettait une connexion internet, peut-être, si le système re-marchait le lendemain… Ah, le tiraillement perpétuel du français à vélo, reconnaissant de l’hospitalité des gens, assoiffé de rencontres, mais irrésistiblement attiré par le confort d’un hôtel moderne pour une bonne nuit de sommeil après plusieurs jours de bivouac…

Nos hôtes providentiels, nous, et un enfant qui passait par là…

De fil en aiguille, par on ne sait quel sort du destin, on se retrouva à suivre un 4×4 trop stylé, avec à son bord notre contact providentiel et l’un de ses amis, Alex, qui allait nous accueillir chez lui, à deux pas du centre. Mais ceux qui connaissent le réseau Warmshower savent que si l’hôte vient te chercher à la place centrale en t’assurant que « c’est à côté », c’est souvent qu’il n’habite pas si près. Effectivement, Alex vivait bien en périphérie de la ville. Adieu la proximité des magasins et restos alléchants qui nous faisaient baver après des jours d’avoine, de pâtes sauce tomate, de sandwichs au thon et de déjeuners invariablement composés de soupe, riz, poulet. Quand il fit descendre un vieux matelas poussiéreux du garage à ciel ouvert pour nous installer dans une pièce entièrement vide, nous versâmes une petite larme, et cette fois-là, ce n’était pas de joie. Mais nous décidâmes de rester. Et plus tard, nous nous félicitâmes de n’avoir pas su dire non à l’hospitalité offerte. 

Grâce à Alex, avocat de profession mais surtout passionné par l’histoire de son pays et fin connaisseur de la culture pré-hispanique équatorienne, notre pause citadine prit une nouvelle tournure. Il passait des heures à évoquer ses traditions indigènes, et énumérait inlassablement les sommets alentours, citant les explorateurs tombés amoureux de son pays à la nature omniprésente. Pour lui, la Pachamama avait tout créé, et dès lors, tout dans l’univers était lié selon un équilibre harmonieux que chacun devait maintenir, par ses actions quotidiennes, l’entretien du corps et de l’esprit, et le recours aux rites traditionnels auxquels il nous aurait volontiers initié.

le fameux San Pedro

Heureusement, il n’eut pas recours à son fameux San Pedro en notre présence. C’est un cactus aux propriétés hallucinogènes, qui pousse dans les montagnes du coin (et dans son jardin), utilisé depuis la nuit des temps par les shamans de la région lors de ces fameux rites, où l’esprit se libère pour atteindre l’inaccessible… Au quotidien, la marijuana l’aidait déjà bien à se libérer l’esprit, qui néanmoins témoignait de quelques troubles de la mémoire immédiate. Si le séjour fut quelque peu folklorique, Alex sut nous enrichir de ses connaissances intarissables sur ces sujets qui nous posaient question depuis plusieurs semaines. Il nous offrit un tour dans sa vieille voiture de collection bleu turquoise qui ne démarre qu’une fois sur dix. Nous eûmes l’occasion de rencontrer sa « marraine de cœur », grande dame des montagnes à qui l’on ne pouvait donner d’âge, au regard profond et bienveillant, qui à elle seule détenait les secrets de siècles de traditions indigènes (et de bonne cuisine équatorienne !!).

Au final, la grande générosité d’Alex rendit notre séjour à Ambato des plus agréables, et en repartant, nous étions reposées, et enrichies d’une quantité incroyable de nouvelles connaissances qu’il allait falloir digérer, tranquillement, dans nos esprits sans doute un peu trop cartésiens. Tout cela renforçait ce que nous avions ressenti depuis notre arrivée dans le nord du pays. L’Équateur avait de particulier cette façon qu’avait la nature, immense, imposante, de dicter le quotidien des gens. C’était là le patrimoine d’une culture millénaire, qui ne pouvait que survivre dans cet environnement incroyablement inspirant, et ce même après la colonisation espagnole.

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