A l’assaut du Cotopaxi !

– le 17 juillet 2019 –

Qu’on se le dise, dès que nos yeux ont découvert cette cime enneigée au cône parfait, ils ont dit à nos jambes « bon les filles, faut y aller !”. En plus, on avait une bonne excuse, on était O-BLI-GEES de rester à Quito au moins une semaine, à cause de Princesa. (#piqûredanslesfesses). C’est ainsi que nous décidâmes de tenter l’ascension du mythique Cotopaxi. 

Let’s climb it !

Pour bien faire, on s’était concocté un petit programme d’acclimatation, avec une excursion de deux jours à l’assaut des volcans Rucu et Guagua Pichincha. 

Un matin, nous primes donc le TeleferiQo, direction le Rucu Pichincha, avec dans nos sacs de quoi survivre pendant 2 jours. La première partie de la randonnée se passa plutôt bien, mais passé 4500m, bizarrement nos sacs se mirent à peser 50 kilos chacun. La brume s’invita à la fête, et chaque pas se faisait plus court que le précédent. Bon gré mal gré, nous arrivâmes au sommet, où comme par magie, les nuages s effacèrent un instant, nous laissant admirer le panorama sur Quito (désertée de la moitié de ses habitants qui avaient eu la même idée que nous). Nous étions censées rejoindre le refuge au pied du Guagua pinchicha, de l’autre côté de la montagne. Seulement, au sommet, on n’y voyait rien. Émilie, bien intentionnée comme à son habitude, demanda à un gars-qui-avait-une-tête-de-guide la confirmation de la direction du refuge indiquée par maps.me. Seulement, il nous indiquait la direction opposée ; information impossible à vérifier, puisque la visibilité était la même qu’au fond une boîte underground berlinoise ! (#c’estquilasoirée ?). Le brouillard et la turista d’Émilie eurent raison de notre courage, et nous rebroussâmes chemin, bredouilles. Qu’à cela ne tienne, nous finirions l’acclimatation au Diamox !

Mardi matin, le roi sa femme et le petit prince (oups, on s’égare), en rejoignant l’agence, nous n’étions pas vraiment confiantes… Steph était de nouveau malade, et Émilie en avait essuyé une belle (de turista). Mais la séance d’essayage du matos d’alpi’ nous redonna espoir quant à la réussite de l’ascension. 

Emilie, heureuse comme jamais avec les Koflack de son enfance

Après une montée en 4×4 à 4500 mètres d’altitude, il nous restait encore 200 mètres à gravir pour arriver au refuge. Ce furent sans doute les 200 mètres les plus lents de notre vie. Nos deux compagnons d’escapade, autres clients de l’agence, montèrent au refuge en moitié de temps qu’il ne faut pour le dire. Au bout de 10 minutes, ils étaient loin devant, ce qui nous fit perdre une précieuse heure de sommeil, pour avoir une chance d’atteindre le sommet, dixit les guides (#ahouaisc’estcequonvavoir). Nous nous lèverions à 23 heures au lieu de minuit. Aïe.

Qu’importe, pour l’heure, nous admirions le spectacle grandiose du sommet du Cotopaxi dégagé, avant le frugal goûter-repas de 17 heures. 

18 heures, extinction des feux. Tant mieux, avec ce froid, on était mieux dans les duvets.

le sommet du Coto, vu du refuge à la fin du jour

L’ascension, par Émilie 

23 heures, mon réveil sonne mais n’accomplit pas vraiment sa mission, puisque je ne dors pas… La faute au mélange d’excitation, de peur, d’insomnie d’altitude et d’aller-retours au toilettes (merci le Diamox).  J’interpelle Steph, qui acquiesce d’un grognement. Petit déjeuner vite avalé, je ne me sens pas mal, mais un léger mal de crâne me pousse à prendre mes précautions (autrement dit un Doliprane).

Minuit, nous sortons du refuge, et entamons la montée vers le glacier. Nous marchons lentement, très lentement. Je pose mes pieds exactement où le guide pose les siens. La lune nous accompagne, et je me rends compte de la longue marche à faire. Au loin, les lumières de Quito. 

Après une heure trois-quart de marche, nous sommes à 5000 mètres, au glacier. Il est temps de chausser les crampons, et de nous encorder. Steph a l’air plus en forme que la veille. La motivation et l’envie d’aller au sommet ont probablement agi comme un effet placebo. Nous reprenons notre progression, et maintenant que nous sommes encordés, le rythme est forcément le même pour tous. Au fur et à mesure de la montée, j’ai l’impression de rentrer dans un état d’hypnose. Je pose un pied après l’autre, « marche droit devant toi, marche droit devant toi ». J’essaye de caler au mieux ma respiration sur mes pas, de deviner mentalement où l’on en est. Quand sera la prochaine pause ? Quel dénivelé avons-nous fait ? Mes questions resteront sans réponse, notre guide ne donnant aucune indication. 

Une nouvelle pause, le temps de croquer dans une barre congelée et de boire un peu. Nous repartons vite, afin de ne pas trop se refroidir. Quelques crevasses apparaissent ci-et-là, un noir sans fond morcelle ce blanc immaculé.

5400 mètres. Nouvelle pause. Le guide nous dit qu’il pense qu’on devrait aller au sommet, à la bonne heure. Nous sommes toujours sans nouvelles de la cordée de garçons, qui partie une heure plus tard que nous du refuge, devait nous rejoindre au glacier. Quelques cordées ont fait demi-tour… L’étau se resserre. Cela fait maintenant 5 heures que nous marchons dans le vent la nuit sans apercevoir le sommet. On a beau être relié par une corde, on se sent finalement très seul, seul avec soi-même, ou contre soi-même, selon les moments. J’essaie de tromper mon esprit, en me remémorant les noms de mes profs de sixième. Cela m’occupe dix minutes.

5600 mètres. Nous approchons du but, je sais maintenant que nous pouvons y arriver. Mon mal de crâne s’intensifie, je reprends un antalgique. C’est là que la cordée de garçons nous rattrape, juste avant l’assaut final.

C’est reparti, la pente s’est redressée, elle est maintenant à 40 degrés. Il devient très difficile de faire deux choses à la fois : c’est soit respirer, soit avancer un pied, soit avancer le piolet. Les gestes deviennent mécaniques, il devient même difficile de penser. 

Nous approchons du sommet avec les premières lueurs de l’aube. Ce que je croyais être des nuages sont en fait les émanations de fumée du volcan. Chaque inspiration me brûle la gorge, aggravant les difficultés que j’ai à trouver de l’oxygène. Mais la vision du paysage qui se découvre me redonne de l’énergie, je n’ai plus de doute quant à la réussite de l’ascension. 

La corde se tend de plus en plus souvent derrière moi, Steph a un coup de barre. Je demande plusieurs fois au guide de ralentir en m’arrêtant pour l’obliger à le faire (Et oui, c’est la magie de l’encordement) ; j’essaie d’aider Steph du mieux que je peux, c’est à dire pas beaucoup.

Quelques minutes plus tard, le sommet est en vue, là, une dizaine de mètres. Je ne peux m’empêcher de pleurer. De joie, de fatigue, mais aussi car j’ai l’impression de prendre ma revanche sur le volcan Orizaba, au Mexique, où je m’étais arrêtée 200 mètres sous le sommet, il y a 22 ans.

Ce que l’on ressent dans ces moments-là est indescriptible. Rien n’est plus haut autour, des kilomètres et des kilomètres de paysage se déroulent sous nos yeux. Et pour couronner cet instant exceptionnel, le soleil se lève, comme pour nous féliciter d’être arrivées là…

L’ascension par Stéphanie


23 heures. Émilie me réveille en me secouant brutalement. Ça commence bien. Je crois que je venais de m’endormir. J’ai mal au crâne, la nausée, je ne sais pas si c’est cette fichue gastro ou l’altitude. En tout cas je n’suis pas dans mon assiette. Oh la la, comment je vais arriver à grimper tout ça, moi ?

C’est l’heure de p’tit dèj, haha. J’avale difficilement un bout de pain au fromage et une tasse de café soluble. Et un anti-inflammatoire, et une chips de Zophren. Et oui, maintenant qu’on est là, autant mettre toutes les chances de mon côté. Et puis on enfile nos couches, et à minuit nous sommes dehors, avec nos moufles trop grandes et nos chaussures d’alpi d’une autre époque. Au moins, on n’a pas froid. Presque pas. Mais quel vent !

Avec tout ça, je n’avais pas vu le ciel dégagé. Pas un nuage. La lune est pleine, et on voit Quito au loin, qui brille dans la nuit. On dirait bien que la chance nous sourit…

Les premiers pas vers le glacier sont laborieux. Je ferme la marche, d’un pas lent, en rythme avec le guide. On le voit bien d’en bas, le glacier, par cette nuit claire. Il a l’air tout près, j’suis sure qu’on mettra moins de 2 heures pour l’atteindre. On n’est pas des tortues quand même… Enfin…

1h45 plus tard, hourra, on s’encorde ! Comme c’est excitant de chausser les crampons ! Je me rends compte que le mal de tête a disparu, les nausées avec. La magie de la montagne… Ça va peut-être le faire finalement !

Finalement, finalement… faut l’dire vite. Parce qu’il reste en théorie quatre heures de grimpette, dans le froid venteux du volcan actif le plus haut du monde. Rien que ça. Je crois que c’est le moment d’éteindre le cerveau. Facile, y’a qu’à marcher, un pied, puis l’autre, puis le piolet, puis une pause. Et on recommence. M’enfin plus ça monte, plus c’est lent, c’t’affaire. Heureusement que ce n’est pas technique, parce qu’avec cet équipement et à cette altitude j’aurais vite fini au fond d’une crevasse. Et mes deux compagnons de cordée avec… Comment c’est, le nœud de cabestan, déjà ? Tiens, une crevasse. C’est beau ! Oups, le pied qui s’prend dans l’autre. Concentre-toi !

J’ai totalement perdu la notion du temps, mais on s’arrête (enfin ? ou déjà ?) quelques instants à l’abri du vent. Une gorgée d’eau glaciale, une barre de céréales congelée, et on y retourne. J’ai juste le temps de jeter un coup d’œil au loin. Quito brille, et avec cette lune ronde dans le ciel dégagé, on voit les reliefs des sommets autour. Je kiffe.

On repart, j’me sens bien, en fait je ne sens plus grand chose, j’ai juste tant envie d’atteindre le sommet. Émilie a l’air en forme, ça m’encourage. On va y arriver !

Encore une pause. Cette fois, j’en avais besoin. Le souffle est devenu court, on marche comme des escargots, et je sens croître le petit mal de tête d’altitude que je commence à connaître. Forcément, à 5600 mètres d’altitude… C’est quand même fou l’alpinisme. T’es encordé, en équipe, mais au fond, t’es quand même vachement seul face à toi même. Tu n’peux pas te mentir. Ça y est, l’hypoxie me fait décartonner.

La vérité, c’est que ces 200 derniers mètres sont vraiment très très difficiles. En peu de temps, je passe de « j’me sens bien » à « j’en peux plus, j’suis rincée ». Alors je fais ralentir Émilie, puis le guide. Pratique cette petite corde… il n’a pas l’air content, le guide, pourtant il fait encore nuit noire. Et puis on n’doit plus être très loin du sommet, maintenant. On vient de se faire doubler par la cordée de garçons partis une heure plus tôt. Il est peut-être vexé. Cette lueur au loin, ce n’serait pas le jour qui vient ? Comme c’est beau ! C’est quand même fou ce glacier. C’est si pur. C’est quoi cette odeur ? Ah, oui, le volcan. Et ces nuages ? Le volcan ? Ah, mais il est vraiment actif alors ? Héhé… Intéressant…

Alors que le jour se lève, tout doucement, je puise je ne sais où pour grimper les derniers mètres qui nous séparent du dôme sommital. Émilie me hisse presque, la force vient peut-être de là… Bref. Les reliefs de glace autour sont féeriques, tout est figé.Un siècle au moins s’est écoulé depuis que le guide nous a annoncé les 10 dernières minutes de marche. C’est vraiment dingue, c’est dur, mais pas envie que ça s’arrête. Je n’ai plus de doute sur la réussite de l’ascension, j’attends juste.

Et puis, sans prévenir, après une éternité, nous voici au sommet. Le ciel s’éclaircit, et quand le soleil se lève, tout prend feu, la neige pure, les visages rayonnants aux yeux qui brillent.

On voit si loin, jusqu’à l’horizon où il fait encore nuit. Tous ces volcans tout autour, et nous au-dessus ! C’est comme si le monde nous saluait au tout petit matin, de la façon la plus intime qui soit. Quelle joie immense.

7 commentaires sur “A l’assaut du Cotopaxi !

  1. Je pense que si un jour vous prenez un chat ou un chien, vous serez obligés de l’appeler Princesa!!!
    Merci et encore bravo pour les aventures. On vous embrasse.
    Les prigs

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  2. Bravo bravo bravo! Pour l’ascension, pour tous ces récits qui font tellement rêver, pour ces splendides photos ( qui est la photographe???), pour l’énergie l’optimisme la fraicheur que vous dégagez et pour prendre le temps de partager tout ça avec nous. Regarder vos vidéos et lire vos articles depuis le TER Saint-étienne – Lyon qui m’emmène au boulot direction le CHU ça fait un bien fou!!
    Gros gros bisous!

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  3. Pouah les filles vous nous vendez du rêve !

    C’est un vrai plaisir de vous lire et de vous voir dans vos aventures ! Continuez à kiffer !

    Pour ma part ça me donne des envies d’altitude et de volcans tout cela…

    Gros bisous, Antoine

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