Au sud de Cali : en route vers l’Équateur, et vive la galère

– du 21 au 25 juin

Au sud de Cali, nous avons commencé à croiser la route de migrants vénézuéliens, eux aussi en voyage vers l’Équateur. Chaque jour, nous les voyions défiler à l’arrière des camions, marcher le long de la Panam’ ou attendre à la sortie des patelins. On nous avait dit de nous en méfier. Pour nous, c’était plutôt des compagnons de voyage éphémères, avec qui nous pouvions parfois échanger quelques mots timides. « Bonjour, comment ça va ? Vous venez d’où ? Jusqu’où allez-vous ? Ah, vous aussi ? Bonne chance ! ». On se souviendra particulièrement de ces trois jeunes croisés à la panadería de Santander de Quilichao, peu après Cali. L’un d’entre eux était en fauteuil roulant. Chaque fois qu’ils sautaient à l’arrière d’un camion, le premier grimpait, puis ils portaient le deuxième, puis le fauteuil, avant que le dernier ne saute in extremis sur la plate-forme. Quelle expédition. Ils étaient pourtant pleins d’admiration pour notre projet de voyage à vélo, enthousiastes en encourageants. En partant, ils nous ont offert une poignée des bonbons qu’ils troquent dans la rue contre quelques pesos. Le monde à l’envers. Et dire que certains refont le chemin en sens inverse, après avoir été refusés aux frontières de l’Équateur, ou du Pérou. De quoi réfléchir en pédalant.
Ce jour-là, depuis Cali, nous avons roulé beaucoup, longtemps, avec un paquet de montées descentes et au total plus de 100 kilomètres et 2000 mètres de dénivelé positif. C’était trop, alors le lendemain nous étions nazes pour les 30 kilomètres qui nous séparaient de Popayán. Nous avions encore des progrès à faire en gestion de l’effort !

Heureusement, Popayán valait la peine de se fatiguer un peu. Dios mío, que cette ville est élégante avec ses façades blanches et ses rues élancées ! Nous la découvrîmes en fin de matinée, sous un beau soleil. C’est drôle de voir comme parfois les moments difficiles s’oublient en un clin d’œil, quand le but atteint émerveille.

Cette ville coloniale de du XVIe siècle (comme toutes les autres du pays !) est surnommée la Jérusalem de l’Amérique Latine, notamment pour ses célèbres festivités de la Semaine Sainte. Bon, nous, on est arrivées un peu après la bataille, (euh…) alors c’était très tranquille ! On a même eu du mal à trouver un bar ouvert le dimanche après-midi pour voir gagner la Colombie contre le Paraguay. Oui, on est devenues un peu accro, mais vraiment, croyez-nous, suivre la Copa America en Colombie procure à peu près la même sensation que le désir d’envahir la Pologne qui prend Woodie Allen à l’écoute de Wagner. C’est fort !

La cathédrale Nuestra Señora de la Asunción, et sa famosa torre del Reloj

Après nous êtres perdues une bonne dizaine de fois dans ce paradis blanc (sans gps cette fois), on continuait notre route vers le Sud. Déjà. C’est à partir de là que les choses se sont gâtées. Pour atteindre l’Equateur, il nous restait pas mal de kilomètres, pas mal de dénivelé, et… Pas mal de surprises !

On ne saura jamais qui a eu la bonne idée de quitter la Panam’ quelques kilomètres après Popayan (Émilie?), pour aller se perdre dans la campagne de la région où, paraît-il, on plante la coca. Toujours est-il que la supposée route alternative, qui devait nous éviter bien des pots d’échappement, devint vite un chemin très abîmé, et qu’en dépit du paysage sublime, la journée se transforma en calvaire. A 17h, nous atteignions à peine le fond de la vallée. Et cette fois, personne n’était là pour nous aider.

Oui, nous avons bu cette eau…

Après avoir traversé la rivière les pieds dans l’eau, la perspective de remonter 12km de sentier impraticable, à pousser les vélos, le tout avant la nuit, ne nous tentait plus trop. C’était vraiment très beau, très sauvage. Un peu plus loin, des enfants se baignaient, on entendait leurs rires et le bruit de leurs acrobaties dans l’eau. Sur la carte, point de village, et le chemin qui remontait de l’autre côté était bien raide. Mais d’où venaient-ils ?

Quelques minutes de réflexion plus tard, hop, petit bivouac improvisé ! Nous plantâmes la tente dans les broussailles, bien à l’abri des regards et du lit de la rivière. Après le départ des jeunes et le passage de quelques gars à cheval (mais où allaient-ils ??), nous étions seules au bord de l’eau, à voir la nuit tomber. Et une fois que le noir eût envahi l’espace, ce furent des centaines de lucioles voletant ci-et-là qui illuminèrent les feuillages tout autour. C’était fou. Ce soir-là, nous nous couchâmes avec les poules, au son des cigales géantes et autres bruits de la nature, into the wild.

Cette nuit hors du temps aurait été parfaite sans l’intervention d’un troupeau de vaches, venu paître dans notre cachette au beau milieu de la nuit. Vous nous auriez vues, sur le qui-vive, croyant qu’une horde de narcotrafiquants avait assiégé notre tente, ou pire, volé nos vélos ! Une dose de courage plus tard, nous entrouvrions la tente pour apercevoir… une imposante gueule de vache aux yeux qui brillent dans la nuit, totalement indifférente à notre présence. A 5h du mat’, le réveil sonnait. En un clin d’œil, le campement était levé, une fois n’était pas coutume. Nous n’avions pas fermé l’œil, trop peur des vaches. Ridicule.

Ç’aurait été notre plus chouette petit-déjeuner du voyage, si nous n’avions pas su ce qui nous attendait ensuite. 4h de montée plus tard, dans une campagne splendide, par un chemin défoncé par la pluie et raide comme l’Aiguille du Midi, nous rejoignions la Panam’. Nous avions poussé les vélos un par un dans les premiers kilomètres, et, avouons-le, à ce moment-là, nous avons souhaité rentrer à la maison retrouver papa maman, notre canap’ Ikea, les copains et notre douce Chartreuse (le massif, pas l’alcool).

A la mi-journée, nous trouvions refuge à la Casa de ciclistas del Bordo, à seulement 84 kilomètres de Popayán. Hourra. On s’est promis de ne pas réitérer l’expérience. Mais quand même, ce soir-là au bord de la rivière, c’était WAOUH. 

Repos bien mérité après la nuit des vaches

A El Bordo, petite bourgade le long de la Panam’, il est une famille qui accueille jour après jour les cyclistes de passage. Nous n’avions pas franchement prévenu de notre arrivée. Pourtant, Sylvia et Otto nous accueillirent comme des reines. En une heure, Otto nous avait sorti un lit de derrière les fagots, assemblant en direct le cadre, les lattes de bois et le petit matelas de fortune sur lequel nous nous écroulâmes tout l’après-midi. A la fin du jour, parties en quête d’une panadería (les traditions c’est important !), nous rencontrions Boris, qui nous interpelait dans la rue pour nous expliquer tout ce qu’un cicloviajero doit savoir de la route jusqu’à l’Equateur. Nous n’en demandions pas tant !
S’ensuivit une soirée providentielle en compagnie de 5 autres cyclistes de passage, où Sylvia, Otto et Boris nous apprirent à faire des arepas (galettes de maïs, aliment phare de la cuisine colombienne). Ah, ces colombiens, vraiment !

Soirée Arepas à El Bordo

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